Rick Bass

Lundi 2 janvier 2012
Par Printemps du livre Bookmark and Share
Rick Bass © Mathieu Bourgois

© Mathieu Bourgois

Né au Texas, Rick Bass vit depuis 1987 dans la val­lée du Yaak, à l’extrême nord-ouest du Montana. Engagé dans la pro­tec­tion de sa région d’adoption, il a fait de ces espaces sau­vages, mena­cés par le monde mar­chand, le cadre pri­vi­lé­gié de ses fic­tions -  nou­velles et romans – ainsi que de ses nom­breux récits. Sa quête ardente  de « l’esprit d’un lieu » vibre à nou­veau dans Le Journal des cinq sai­sons (Christian Bourgois, 2011). Fait de des­crip­tions sai­sis­santes et de réflexions quo­ti­diennes, de confi­dences et de digres­sions, ce bloc-notes dépeint avec viva­cité et dans ses menus détails une nature gran­diose – hélas en sur­sis – pour laquelle l’auteur célèbre son « amour dithyrambique ».

Version sonore Rick Bass :

Extrait de Le Journal des cinq saisons

Même si j’avais l’audace de pro­cé­der à sem­blable méta­mor­phose – ren­ver­ser, inver­ser, sup­pri­mer, conqué­rir, éra­di­quer -, je ne le vou­drais pas, et je ne le pour­rais pas, parce que ce marais, c’est mon lac. J’ai besoin de lui en toutes sai­sons, besoin d’observer les chan­ge­ments de son, de par­fum, de tex­ture et de tona­lité qui se pro­duisent d’heure en heure avec une len­teur inexo­rable. Je suis atta­ché à l’esprit qui en émane, c’est un repère pour moi, l’idée même de ce marais suf­fit à m’apaiser. Alors j’ai expli­qué à mon voi­sin que même si j’aimais les lacs, leur beauté, le récon­fort qu’ils apportent, toute cette opé­ra­tion de drai­nage aurait repré­senté beau­coup de tra­vail et d’efforts en vain, parce que j’étais déjà satis­fait, et plus que satis­fait de tout ce qui m’était offert. Je savais que même si j’avais fait dis­pa­raître un petit éco­sys­tème et toutes les créa­tures qui en dépen­daient, j’aurais immé­dia­te­ment été privé de cet élan sau­vage que seul un marais peut appor­ter – cette cla­meur de vie bouillon­nante et exces­sive – et m’en serais trouvé consi­dé­ra­ble­ment appauvri.

Ce marais, c’est mon réser­voir de cou­leurs et de par­fums, il est chargé d’un souffle chaud et vrom­bis­sant. Il y a par ici le som­met d’une mon­tagne où j’espère que repo­sera un jour mon corps, à moins qu’on y dis­perse mes cendres, mais il est cer­tain que ce qu’il y a au-delà du corps – cette par­tie de l’esprit à laquelle peut-être la mémoire s’accroche, comme un résidu – repo­sera dans les  limites de ce marais, cette vaste éten­due de séré­nité au coeur de la forêt. Elle absorbe mes angoisses jour après jour, comme elle absorbe l’eau et la lumière d’avril, et recom­mence à exsu­der le bon par­fum chaud de la vie : non pas seule­ment ses pre­mières traces hési­tantes et encore dis­crètes, mais bien la vie presque sans contraintes et dans toute son exubérance. :

Le Journal des cinq sai­sons, p. 138–139

RENCONTRES

Vendredi 30 mars — 17 h 30
Bibliothèque Centre-ville

Samedi 31 mars — 12 h
Bibliothèque centre-ville

Dimanche 1er avril — 16 h
Bibliothèque Centre-ville

Lundi 2 avril – 10h
Grenoble Ecole de Management
Rencontre en anglais

SIGNATURE

Dédi­caces des auteurs ven­dredi,
samedi ou dimanche
sous le cha­pi­teau du Jar­din de ville

BIBLIOGRAPHIE SÉLECTIVE

Nashville Chrome
Christian Bourgois (2012)

Le Journal des cinq sai­sons
Bourgois, 2011
(tra­duit par Marc Amfreville)

Le Livre de Yaak,
chro­nique du Montana

Gallmeister, 2007
(Traduit Camille Fort-Cantoni)

Platte River
Bourgois, col­lec­tion Titres, 1996,
réédi­tion dans la  col­lec­tion Titres
en 2007
(tra­duit par Brice Matthieussent)

La Décimation
Bourgois, 2007
(tra­duit par Anne Wicke)

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Un commentaire sur “Rick Bass”

  1. Yves Blanchard

    Habiter ora­le­ment, pen­dant dix sept heures, le livre des cinq sai­sons avec Rick BASS est un par­tage extra­or­di­naire.
    En voici le petit résumé pro­posé aux audio­lec­teurs de la biblio­thèque sonore de Grenoble:
    » je vou­drais» écrit Rick Bass, «que ce jour­nal de bord ne soit qu’une célé­bra­tion, une gale­rie de por­traits du bonheur…et qu’une part de moi soit capable de sen­tir le vaste esprit du monde«
    L’auteur vit, avec sa famille, dans le YAAK, la par­tie extrême, encore sau­vage, du MONTANA.
    Il raconte le dérou­le­ment des douze mois de l’année dans un hymne sai­sis­sant à la nature et aux hommes.

    #317

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