Nicolas Fargues

Lundi 23 janvier 2012
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Nicolas Fargues © Bamberger

© Bamberger

Nicolas Fargues a publié huit romans, tous parus aux édi­tions P.O.L. Avec Tu ver­ras (2011), il a obtenu le Prix Télérama-France Culture. Radiographies sty­lées du monde contem­po­rain, ses fic­tions ques­tionnent impi­toya­ble­ment une société imma­ture, nar­cis­sique et peu ouverte à l’échange. Les pul­sa­tions de l’époque, notam­ment ses doutes, vibrent dans une langue visuelle et sonore. Le nar­ra­teur de La Ligne de cour­toi­sie (2012) est un écri­vain en pleine déroute exis­ten­tielle, à la cote lit­té­raire en chute libre. Il part cher­cher en Inde la pos­si­bi­lité d’un nou­veau souffle, mais n’y découvre que déboires terre-à-terre. L’auteur y puise la matière d’une comé­die lucide et cruelle.

Extrait de La Ligne de cour­toi­sie :

Au terme de deux heures et demie de route, le taxi est entré plein nord dans Pondichéry, qui, cinquante-six ans après la signa­ture par la France du traité de ces­sion de sou­ve­rai­neté du ter­ri­toire à l’Inde, n’offre de prime abord pas le moindre élé­ment d’influence hexa­go­nale. On a même le sen­ti­ment, devant l’indéfectible conti­nuité du tra­fic des deux-roues et des nids de câble élec­triques accro­chés aux poteaux d’angle des ave­nues, d’une forme toute-puissante d’amnésie géné­rale, un peu comme si l’on allait tra­quer L’Été de Camus dans l’Oran du plan qua­drien­nal d’urbanisation de 1975.

Un peu naï­ve­ment, on vou­drait un ralen­tis­se­ment de toute chose, du vide et du plein soleil en noir et blanc argen­tique, un ciel illi­mité et du silence, à peine quelques trac­tions avant et des bicy­clettes Dilecta rou­lant au pas dans de larges rues tra­cées au cor­deau colo­nial. On vou­drait des pers­pec­tives oni­riques à la De Chirico, on vou­drait La Goulette, le Saint-Louis-du-Sénégal, le Diégo-Suarez ou le Saïgon d’antan. On vou­drait en direct les toutes pre­mières minutes d’un repor­tage Claude Loursais pour « Cinq colonnes à la une », en 1964, avec en fond musi­cal ces quelques mesures d’un qua­tuor énig­ma­tique d’époque dans le genre Messiaen ou Dutilleux.

L’East Coast Road est rebap­ti­sée Mahatma vers l’est sur Anna Salai et, après cinq cents mètres envi­ron, l’enfilade de logis en mor­tier, de câbles, de bou­tiques et d’enseignes géantes peintes à la main cesse, et paraissent sou­dain des fron­tis­pices et des pignons ordon­nés en pierre de taille, cou­leur blanc de chaux, fleur de soufre, bisque ou dra­gée. Aux angles, à mi-hauteur, des plaques de noms de rues en tôle émaillée portent, dans le texte, des patro­nymes de bailli aixois, baron d’empire malouin ou prix Noble niver­nais de lit­té­ra­ture 1915. Les mas­sifs de bou­gain­vil­lées ou d’hibiscus regorgent der­rière les clô­tures et l’on monte en sari kan­ji­va­ram et kurta de lin son Atlas Cameo à jante inox sur des cen­taines de mètres d’asphalte propre et dis­po­nible sous les banians.

La Ligne de cour­toi­sie, p.86–87

RENCONTRES

Vendredi 30 mars –15 h 30
Bibliothèque Centre-ville

Vendredi 30 mars – 18 h
Bibliothèque Abbaye-les-bains

Samedi 31 mars – 14 h 30
Bibliothèque Centre-ville

SIGNATURE

Dédi­caces des auteurs ven­dredi,
samedi ou dimanche
sous le cha­pi­teau du Jar­din de ville

BIBLIOGRAPHIE SÉLECTIVE

La Ligne de cour­toi­sie
P.O.L, 2012

Tu ver­ras
P.O.L, 2011

J’étais der­rière toi
P.O.L, 2006

One man show
P.O.L, 2002

Le Tour du pro­prié­taire
P.O.L., 2000

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