Lorette Nobécourt

Mardi 24 janvier 2012
Par Printemps du livre Bookmark and Share
Lorette Nobécourt © RobertoFrankenberg

© RobertoFrankenberg

Lorette Nobécourt pour­suit depuis La Démangeaison (Belles lettres, 1994) une quête lit­té­raire où se rejoignent aven­ture des corps et foi­son­ne­ment du monde. Après le récit frag­menté de L’Usure des jours (Grasset, 2009), elle revient au roman avec Grâce leur soit ren­due (Grasset, 2011, Prix Rhône-Alpes du livre). Unica et Roberto, deux écri­vains qui ont fui le Chili, se ren­contrent dans la Barcelone des années 80. Le roman déplie la trame de leur amour brû­lant, puis, après le sui­cide d’Unica, la tra­jec­toire de leur fils Kola. Devenu adulte, celui-ci affronte les fan­tômes de l’histoire fami­liale, au fil d’une fic­tion où dansent les ombres de la folie et la mys­tique de l’écriture.

Version sonore Lorette Nobécourt :

Extrait de Grâce leur soit ren­due :

Et main­te­nant elle a presque trente ans et elle ne veut pas res­ter au Chili, elle va voir son père, d’accord, puis ren­trer à Barcelone. Vite. Elle étouffe, elle a froid. Elle ne sait pas. A Valparaiso, le soleil écrase tout. Elle retrouve les cou­leurs, le bleu, l’ocre, le port, et l’océan, elle retrouve les nuits qu’elle a aimées lorsqu’elle avait seize ans, elle ne por­tait jamais de culotte, à cause du vent, pour le sen­tir pas­ser entre ses cuisses, elle voit le grand pin à côté du pal­mier, c’est sa mère Teresa, le grand pin, qui pro­tège le pal­mier. La femme-palmier, au-dedans d’elle-même, douce, au fond de la faille, cachée der­rière toutes les fis­sures, c’est elle. Un  pal­mier qui balance ses grandes feuilles dans la brise. Mais per­sonne ne le sait. Pas même Roberto, peut-être seule­ment Kola.

Devant le 482 de la calle Lautaro Rosas, elle s’arrête. Depuis com­bien d’années n’est-elle pas reve­nue ? Dix ans peut-être. Elle ne veut pas comp­ter. Elle ne veut pas connaître ce temps qui ne l’a pas connue.

Lorsqu’elle entre dans la pièce du rez-de-chaussée sur le jar­din, il est là, Po, avec ses che­veux blancs, de dos. Elle voit que la vieillesse entoure ses quatre-vingts années comme un man­teau gris invi­sible qui forme un halo  autour de son corps, tissé avec les fils du silence, de la soli­tude, de la haine, et sur­tout, comme une trace écar­late au cœur de l’écheveau : de l’orgueil. Un orgueil pro­di­gieux qui tient cet homme sourd au reste du monde, et qui est seule­ment l’une des méta­stases innom­brables de ce can­cer géné­ra­lisé qu’est l’inconscience de son père.

Grâce leur soit ren­due, p.114–115

RENCONTRES

Vendredi 30 mars – 15 h 30
Bibliothèque Centre-ville

Samedi 31 mars – 17 h 30
Maison de l’International

SIGNATURE

Dédi­caces des auteurs ven­dredi,
samedi ou dimanche
sous le cha­pi­teau du Jar­din de ville

BIBLIOGRAPHIE SÉLECTIVE

Grâce leur soit ren­due
Grasset, 2011.

L’Usure des jours
Grasset, 2009.

En nous, la vie des morts
Grasset, 2006.

La Conversation
Grasset, 1998

L’Équarrissage
Grasset/Les Inrockuptibles, 1997.

La Démangeaison
Belles lettres, 1994

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