Hubert Mingarelli

Jeudi 26 janvier 2012
Par Printemps du livre Bookmark and Share

Hubert Mingarelli © B.Aubrée

Romancier et nou­vel­liste, Hubert Mingarelli a publié une quin­zaine de livres dont Quatre sol­dats (Seuil, 2004) pour lequel il a reçu le Prix Médicis. Inscrites dans une nature épu­rée, les his­toires qu’il invente sont écrites au creux de l’ordinaire des vies, des gestes simples et des silences. Malmenés, souf­frants, soli­taires, ses per­son­nages connaissent aussi la grâce fra­gile du par­tage et de la fra­ter­nité. On retrouve son écri­ture dépouillée dans La Vague (Le Chemin de fer). Dans cette longue nou­velle, deux marins rêvent comme les autres de pro­fi­ter d’une escale. Mais l’un d’eux est consi­gné à bord. Transgressant l’interdiction, ils se risquent pour­tant sur le quai.

Extrait de La Vague :

La plage arrière retomba dans le silence. J’entendis l’eau cla­po­ter le long de la coque.

«Tjaden, dis-je tout bas au bout d’un moment.

- Quoi ?»

Je ne dis rien. Il s’alluma une ciga­rette. Ses mains trem­blaient si fort, qu’on aurait dit deux animaux.

Et sou­dain, sans qu’on l’ait entendu reve­nir, notre lieu­te­nant fut là à nou­veau devant nous, dévi­sa­geant Tjaden, et en proie à un si vaste éton­ne­ment, qu’on aurait qu’il était revenu afin de revoir ce qu’il venait de se pas­ser. Il avait ôté sa cas­quette et la tenait par la visière. Il baissa son regard et vit les mains de Tjaden trem­bler. Ensuite il le fixa, et il dut voir que quelque chose le brû­lait. Il fixait Tdajen et sem­blait cher­cher son aide. Il sem­blait lui dire : «Aide-moi à reve­nir en arrière parce qu’au fond de moi, je ne veux pas t’empêcher de des­cendre à terre.»

Mais Tjaden ne l’aidait pas. Il sou­te­nait son regard et la colère et l’amertume qu’il res­sen­tait à ce moment-là venaient, je crois, que ce fût Grossman jus­te­ment, le seul offi­cier que nous consi­dé­rions, qui le consi­gnait à bord.

Ce com­bat silen­cieux et dou­lou­reux me trou­blait. J’avais de l’estime pour notre lieu­te­nant, et j’aimais sin­cè­re­ment Tjdaden. Je n’osais pas bou­ger. Je finis par bais­ser les yeux et tout de suite après, le lieu­te­nant s’en alla. J’aperçus sa sil­houette s’éloigner len­te­ment vers l’échelle qui menait au pont supé­rieur. Au bout d’un moment, je regar­dai Tjaden. Ce qui brû­lait dans ses yeux com­men­çait à s’éteindre. Une lueur dou­lou­reuse appa­rais­sait. Il alla s’asseoir sur le chau­mard. Je res­tai seul. Je m’accoudai au plat-bord et regar­dai les lumières cli­gno­ter au loin. Et puisque sans Tjaden, je ne des­cen­drais pas à terre non plus, ces lumières, je les regar­dais déjà comme un souvenir.

La Vague, p.19–21

RENCONTRES

Vendredi 30 mars – 17h30
Bibliothèque Centre-ville

SIGNATURE

Dédi­caces des auteurs ven­dredi,
samedi ou dimanche
sous le cha­pi­teau du Jar­din de ville

BIBLIOGRAPHIE SÉLECTIVE

La Vague
Le Chemin de fer, 2011

La Lettre de Buenos Aires
Buchet-Chastel, 2010

Marcher sur la rivière
Seuil, 2007

Océan Pacifique
Seuil, 2006

Le Voyage d’Élabio
Seuil, 2005

La Beauté des loutres
Seuil, 2002

[haut de page]

Imprimer cet article Imprimer cet article

Les commentaires sont fermés.

Partenaires / Presse

Le Printemps avant le Printemps

Les précédents Printemps

Switch to our mobile site