Hélène Lenoir

Mardi 24 janvier 2012
Par Printemps du livre Bookmark and Share
Hélène Lenoir © H. Bamberger

© H. Bamberger

Hélène Lenoir a publié deux recueils de nou­velles et plu­sieurs romans. Au pay­sage obses­sion­nel de la «vie de famille», chaque livre apporte sa touche. Ainsi s’enrichit la satire d’un monde bour­geois étouf­fant et replié. Souvent ciné­ma­to­gra­phique, son écri­ture touche éga­le­ment à la parole théâ­trale, pour dire les lieux com­muns de la sou­mis­sion ou les rêves d’évasion. Dans Pièce rap­por­tée (Minuit, 2011), l’accident de vélo de sa fille Claire tra­verse la vie humi­liée d’Elvire comme une onde de choc, des­si­nant aussi une ligne de fuite. Le récit, ner­veux et fra­gile comme la vie, suit les impul­sions d’Elvire, ses bouf­fées de colère, sa conva­les­cence de femme qui apprend la liberté.

Version sonore Hélène Lenoir :

Extrait de Pièce rap­por­tée :

Elle a secoué ses che­veux, les a ser­rés en queue dans un ruban élas­tique vio­let en sou­riant aux deux ou trois SDF qui l’interpellaient depuis leur cam­pe­ment éta­bli à l’ombre sous le large auvent de la Fnac, rigo­lards et taquins. Elle se sen­tait jolie et, sans en véri­fier l’effet dans la vitre de l’abribus, elle a calé sa sacoche sur son dos en ajus­tant la ban­dou­lière avant de reprendre son vélo et de le pous­ser len­te­ment au bord du trot­toir vers le car­re­four, offrant son visage au soleil, éblouie par quelque chose de beau­coup plus grand que l’excitation de se rendre seule au théâtre le ven­dredi, comme si, sor­tant d’un bois, elle s’élançait en péda­lant au milieu des champs de colza, la lumière, l’odeur et Claas l’attendant les bras ouverts au bout du che­min… Claas, près de la grange où enfin ce serait elle, son tour à elle, enfin…
Elle a enfour­ché son vélo, s’est en posi­tion au feu pour tra­ver­ser l’avenue Niel avec les pié­tons et évi­ter ainsi les encom­bre­ments du car­re­four, pres­sée à pré­sent, Claas, sms : si tu es à Paris ven­dredi soir, j’ai deux places, viens ! … oui : viens ! … Je vais lui envoyer ça après le déjeu­ner… ou tout de suite ? … non, je pré­fère me gar­der ça pour après, Antoine… ça me fera du bien d’y pen­ser pen­dant qu’il man­gera, le temps pas­sera plus vite, plus len­te­ment, mieux en tout cas, le temps pas­sera mieux si je sais qu’après… Et, voyant le bon­homme pas­ser au vert, elle est mon­tée en selle pour s’engager en trois coups de pédale dans l’avenue des Ternes.

Pièce rap­por­tée, p.9

RENCONTRES

Vendredi 30 mars – 15 h 30
Bibliothèque Centre-ville

Samedi 31 mars – 16 h
Bibliothèque Centre-ville

Dimanche 1er avril – 11 h
Maison du Tourisme

SIGNATURE

Dédi­caces des auteurs ven­dredi,
samedi ou dimanche
sous le cha­pi­teau du Jar­din de ville

BIBLIOGRAPHIE SÉLECTIVE

Pièce rap­por­tée
Minuit, 2011

La Folie Silaz
Minuit, 2008

Le Répit
Minuit, 2003

Le Magot de Momm
Minuit, 2001

Elle va par­tir
Minuit, 1996

La Brisure
Minuit, 1994
et «double» n°23, 2003

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