Dany Laferrière

Lundi 23 janvier 2012
Par Printemps du livre Bookmark and Share
Dany Laferrière © Beauregard

© Beauregard

Né à Port-au-Prince, Dany Laferrière quitte en 1976 son pays en proie à la dic­ta­ture. L’exil le conduit aux Etats-Unis puis à Montréal. L’enfance haï­tienne auprès de sa grand-mère, l’adolescence, l’itinéraire amé­ri­cain peuplent ses nom­breux romans et récits. Après l’évocation poé­tique de son retour en Haïti, L’Enigme du retour (Grasset, 2009, Prix Médicis), il a publié Tout bouge autour de moi (Grasset, 2011), recueil de notes prises lors du trem­ble­ment de terre de jan­vier 2010. Dans cette suite de micro-récits, sans effu­sion lyrique, il prend acte du désastre, décrit, ana­lyse. À l’opposé des lieux-communs néo-colonialistes, il rend aussi hom­mage à l’énergie de tout un peuple.

Version sonore Dany Laferrière :

Extrait de Tout bouge autour de moi :

J’allume la télé, tôt ce matin, pour tom­ber sur cet ana­lyste poli­tique qui croit qu’Haïti pour­rait repar­tir d’un bon pied s’il consent à oublier tout ce qui a pré­cédé le séisme. On évoque un moment la situa­tion d’avant qui n’était pas bien relui­sante. La scène est assez cho­quante en elle-même puisque l’analyste et le jour­na­liste qui l’interviewe sont confor­ta­ble­ment assis tan­dis que der­rière eux (plein écran) on voit défi­ler les images de la déso­la­tion. Il suf­fit de regar­der ces scènes d’horreur (des bouches hur­lant sans qu’on entende un son) pour acquies­cer à tout ce qui se dit. Cette tech­nique d’intimidation est si géné­ra­li­sée qu’on n’y voit rien d’anormal. En fait, on nous pré­sente un pro­blème en nous empê­chant de réflé­chir. La réponse est der­rière la ques­tion. Pour ramas­ser tout cela en un seul vocable sup­po­sé­ment riche d’espoir, l’interviewé avance : « année zéro ». Zorro est arrivé. C’est la pre­mière fois que j’entend évo­quer, à l’encontre d’Haïti, ce concept d’année zéro. Je n’arrive pas à ava­ler cette idée – et ce mal­gré les images insup­por­tables qui m’arrachent la rétine. On devrait savoir, avec le temps, qu’on n’efface pas aussi faci­le­ment la mémoire d’un peuple. Dans le cas d’Haïti, l’histoire débute par un pro­di­gieux bond d’Afrique en Amérique. Ce sont des gens ani­més d’un désir fou de vivre ensemble, et cela mal­gré les rai­sons nom­breuses qui leur décon­seillent de le faire, qui font les villes et non le contraire. Le séisme n’a pas détruit Port-au-Prince, car on ne pourra construire une nou­velle ville sans pen­ser à l’ancienne. Le pay­sage humain compte. Et sa mémoire fera le lien entre l’ancien et le nou­veau. On ne recom­mence rien. C’est impos­sible d’ailleurs. On conti­nue. Il y a des choses qu’on ne pourra jamais éli­mi­ner d’un par­cours : la sueur humaine. Que fait-on de ces deux siècles, et de tout ce qu’ils contiennent, qui ont pré­cédé l’année zéro ? Les jette-t-on à la pou­belle ? Une culture qui ne tient compte que des vivants est en dan­ger de mort.

Tout bouge autour de moi, p.84–85

RENCONTRES

Mercredi 28 mars – 19 h
Maison de l’International

Jeudi 29 mars – 18 h 30
Bibliothèque d’étude et d’information

Vendredi 30 mars – 15 h 30
Bibliothèque Centre-ville

Vendredi 30 mars – 18h30
Médiathèque de Vizille

Samedi 31 mars — 11h
Bibliothèque Le Verbe être
La Tronche

Dimanche 1er avril — 10 h 30
Le Petit Angle

Dimanche 1er avril – 14 h 30
Salle Juliet Berto

SIGNATURE

Dédi­caces des auteurs ven­dredi,
samedi ou dimanche
sous le cha­pi­teau du Jar­din de ville

BIBLIOGRAPHIE SÉLECTIVE

Tout bouge autour de moi
Grasset, 2011

L’Enigme du retour
Grasset, 2009

Le Charme des après-midi sans fin
Lanctôt édi­teur, 1997

L’Odeur du café
VLB édi­teur, 1991

Comment faire l’amour avec
un Nègre sans se fati­guer

VLB édi­teur, 1985

[haut de page]

Imprimer cet article Imprimer cet article

9 commentaires sur “Dany Laferrière”

  1. Lectrices de la bibliothèque de La Tronche

    TOUT BOUGE AUTOUR DE MOI — Grasset, 2011
    Ce sont des choses vues à la manière d’un peintre : des situa­tions, des ambiances, des per­son­nages, et puis les mots qui viennent se poser là comme des touches de cou­leur.
    C’est aussi le point de départ d’une quête per­son­nelle où les sou­ve­nirs : la dic­ta­ture, la grand’mère, l’exil de son père puis le sien après l’assassinat de son meilleur ami…
    Cette ques­tion domine tout le livre : que reste-il-quand tout s’effondre ?
    Nous avons aimé cet espoir qui se dégage et ce pas­sage qui le résume : « Je me pro­mène un moment dans le jar­din, tout étonné de consta­ter que les fleurs les plus fra­giles se balancent encore au bout de leur tige. Le séisme s’est donc atta­qué au dur, au slide, à tout ce qui pou­vait lui résis­ter. Le béton est tombé, la fleur a sur­vécu. »
    Anna et Marie-Josée

    #209
  2. A pro­pos de…

    Je suis fati­gué, Typo, 2010.

    » Dans ce livre, Dany Laferrière fait un « petite pose ». Il en pro­fite pour reve­nir par petites touches sur sa vie, son œuvre, ses ren­contres… Ce sont de petits bouts de vie arra­chés autant à Haïti, qu’à Montréal ou Miami. On revi­site donc par petits frag­ments tous ses ouvrages pré­cé­dents et bien qu’il affirme « être fati­gué », ce ne seront pas de « vrai » adieux à la littérature. »

    #74
  3. A pro­pos de…

    Le cri des oiseaux fous, Rocher/Serpent à plumes, 2002.

    » Gasner, jour­na­liste et ami de l’écrivain, a été assas­siné par les ton­tons Macoutes. Le temps est donc venu pour lui de prendre la route de l’exil comme l’a fait son père une ving­taine d’années aupa­ra­vant…
    Ce livre est le récit de sa der­nière nuit au pays de la dic­ta­ture des Duvalier Père et Fils, nuit au cours de laquelle l’auteur nous entraîne dans les divers quar­tiers de Haïti, des plus pauvres aux plus riches, dans une sta­tion de radio ani­mée par Ezéquiel menacé lui aussi, chez Lisa qu’il n’a pas encore osé prendre dans ses bras, ou bien encore au King Salomon Star « vaste hôtel un peu déla­bré fré­quenté par des pros­ti­tuées de troi­sième classe, des com­mis voya­geurs de pro­vince, et toutes les caté­go­ries d’hommes de main du gou­ver­ne­ment, tor­tion­naires de Fort Dimanche,tontons macoutes aux lunettes fumées, léo­pards, gardes-côtes, membres du fameux corps de sécu­rité… » On en frémit… »

    #73
  4. Le charme des après-midi sans fin

    Dans une suite de petits tableaux, l’auteur raconte l’enfance de Vieux os, lev par sa grand-mre, Da, dont il est trs proche et que tous res­pectent Petit-Gove. Le jeune garon raconte au prsent l’amiti qui le lie Rico et Franz, son amour secret pour la jolie Vava, ses conver­sa­tions avec le notaire Lon, les menus inci­dents qui sur­viennent dans le vil­lage, et puis les jours sombres o » c’est le monde ren­vers » et o » les voyous menacent avec des armes meur­trires les gens res­pec­tables «
    Un rcit ini­tia­tique, pudique, sen­sible, impliqu dans l’histoire per­son­nelle de l’auteur et dans celle du peuple hatien.

    #72
  5. A pro­pos de…

    Le charme des après-midi sans fin, Rocher/Serpent à plumes, 2005.

    «Dans une suite de petits tableaux, l’auteur raconte l’enfance de Vieux os, élevé par sa grand-mère, Da, dont il est très proche et que tous res­pectent à Petit-Goâve. Le jeune gar­çon raconte au pré­sent l’amitié qui le lie à Rico et à Franz, son amour secret pour la jolie Vava, ses conver­sa­tions avec le notaire Loné, les menus inci­dents qui sur­viennent dans le vil­lage, et puis les jours sombres où « c’est le monde ren­versé » et où « les voyous menacent avec des armes meur­trières les gens res­pec­tables »…
    Un récit ini­tia­tique, pudique, sen­sible, impli­qué dans l’histoire per­son­nelle de l’auteur et dans celle du peuple haïtien.»

    #71
  6. Le titre dit tout, ou presque… Eros : Le Sexe. Hiroshima : La Bombe. Explosion, implo­sion. L’amour, la mort, deux vieux mythes…
    Et puis avec ça, la pas­sion du nar­ra­teur pour le Japon : Pour les jeunes japo­naises, pour les écri­vains et poètes japo­nais, pour la lumière et la légè­reté des mai­sons japonaises…

    #70
  7. A pro­pos de…

    L’Énigme du retour, Grasset, 2009.

    «Dans ce livre à la fois récit et poème, le nar­ra­teur évoque le retour au pays natal que les Duvalier et leurs ton­tons macoutes ont mis au pas, trois décen­nies durant, et où de « nou­veaux bar­bares » font la loi aujourd’hui.
    Haïti appa­raît comme une terre d’inégalités et de contrastes entre l’opulence des uns et le dénue­ment des autres, entre la « féroce beauté » des pay­sages et la misère des bidon­villes.
    Un voyage empreint de nos­tal­gie au cœur de l’enfance et de « la mémoire qui se dégèle »…»

    #69
  8. A pro­pos de…

    Je suis un écri­vain Japonais, Grasset, 2008.

    «Facile de trou­ver un titre ! Après, il faut écrire le livre et le nar­ra­teur nous entraîne dans un voyage à tra­vers la poé­sie de Basho dont il se nour­rit, l’histoire tra­gique de Mishima, une tour­née de Bjork, l’enfance haï­tienne, car Haïti est tou­jours pré­sente dans les livres de Dany Laferrière…
    On s’embarque par­fois dans une fic­tion qui pour­rait débou­cher sur un vrai polar, puis on revient au quo­ti­dien avec des pro­blèmes de loyer non payé ou une conver­sa­tion avec un chauf­feur de taxi…
    Un drôle de roman où, d’un cha­pitre à l’autre, on change d’univers : Humour, émo­tion, réflexion…»

    #64
  9. Serge GADEN

    Merci d’avoir invité un digne repré­sen­tant d’Haïti…
    C’est super !

    #47

Partenaires / Presse

Le Printemps avant le Printemps

Les précédents Printemps

Switch to our mobile site