Christophe Ramaux

Mardi 31 janvier 2012
Par Printemps du livre Bookmark and Share

Christophe RamauxÉco­no­miste, cher­cheur et ensei­gnant, Christophe Ramaux est signa­taire du Manifeste des éco­no­mistes atter­rés. Avec plu­sieurs membres de ce col­lec­tif de cher­cheurs, experts et uni­ver­si­taires qui contestent l’orthodoxie néo­li­bé­rale, il a publié Changer d’économie : nos pro­po­si­tions pour 2012 (Les Liens qui libèrent, 2012). Il appro­fon­dit la réflexion sur les alter­na­tives à un modèle en faillite dans L’Etat social (Mille et une nuits, 2012). Il ana­lyse com­ment la crise sys­té­mique et l’inefficacité du néo-libéralisme conduisent à pla­cer l’Etat social au cœur d’une voie poli­tique libé­rée du pou­voir de la finance. Un État social élargi, pro­tec­teur et régulateur.

Extrait de Changer l’économie, cha­pitre 5
«Éloge de la dette publique»
:

Le pro­blème majeur n’est pas la dette publique mais la dette pri­vée

On parle tou­jours du «trou du public», mais pas de celui du privé. La dette pri­vée des ménages et des entre­prises (sans même par­ler de celle des ins­ti­tu­tions finan­cières) est pour­tant celle qui a explosé à par­tir de 2007. Elle est autre­ment plus impor­tante : 120% en France en 2008, un niveau d’ailleurs assez faible com­paré à d’autres pays (175% aux États-Unis, envi­ron 200% en Espagne et aux Royaume-Uni).

Comment expli­quer l’explosion de la dette pri­vée dans les années 1990 et 2000, en par­ti­cu­lier aux États-Unis, au Royaume-Uni ou en Espagne ? Le néo­li­bé­ra­lisme est direc­te­ment en cause. Libéralisation de la finance, libre-échange, aus­té­rité sala­riale et contre-révolution fis­cale : ces quatre leviers, action­nés un peu par­tout dans le monde, ont pro­vo­qué une explo­sion des inéga­li­tés et une com­pres­sion de la demande. Face à cette situa­tion, les États-Unis (en tête) ont alors en quelque sorte sauvé la crois­sance mon­diale, et ce par une explo­sion de l’endettement privé des ménages. À défaut d’augmenter leurs salaires, on les a pous­sés à s’endetter, la finance y trou­vant lar­ge­ment son compte au pas­sage. Cela a en effet sou­tenu la crois­sance mon­diale pen­dant un temps. Jusqu’à ce que la dette pri­vée explose. Depuis la crise des sub­primes, faute d’une rup­ture franche avec les quatre leviers néo­li­bé­raux, c’est la dette publique qui a pris le relais. Sans elle, les éco­no­mies se seraient lit­té­ra­le­ment effon­drées, ce qui n’auraient pas pour autant per­mis que les comptes publics se redressent, puisqu’ils dépendent avant tout des recettes, donc de l’activité.

La foca­li­sa­tion sur la dette publique plu­tôt que sur celle du privé ren­voie au dis­cours libé­ral selon lequel le public est impro­duc­tif et «pèse» sur le privé. Si l’on consi­dère qu’il crée de la richesse moné­taire (ce qui est le cas), il est clair que le défi­cit public n’est pas en soi un mal : il peut sou­te­nir et lan­cer des acti­vi­tés. La pré­ten­due «règle d’or» qui se fixe pour objec­tif l’équilibre des comptes publics est à la fois inepte (elle n’a aucune chance d’être res­pec­tée dans le contexte de crise actuel), anti­dé­mo­cra­tique et ultralibérale.

Les États-Unis avaient une dette publique de près de 120% du PIB à l’issue de la Seconde Guerre mon­diale. Cela n’a pas empê­ché la suite : avec la crois­sance, la taxa­tion des hauts reve­nus et un peu d’inflation, la dette a fondu comme neige au soleil (moins de 30% au début des années 1970.)

 

Changer l’économie, cha­pitre 5 «Éloge de la dette publique», p.124–125

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Samedi 31 mars – 17 h 30
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Dédi­caces des auteurs ven­dredi,
samedi ou dimanche
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BIBLIOGRAPHIE

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